Ce que prouvent réellement les études sur l’hypnose et les émotions(et ce qu’elles ne prouvent pas)
- Antoine Montel
- 4 août 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 6 janv.
L’hypnose et l’auto-hypnose sont souvent coincées entre deux extrêmes :d’un côté une vision quasi magique, de l’autre un scepticisme radical. La réalité scientifique est plus intéressante — et plus nuancée.
Aujourd’hui, plusieurs travaux sérieux en neurosciences, psychologie et médecine permettent de comprendre comment l’hypnose agit sur les émotions, et jusqu’où vont réellement ses effets.

Hypnose et les émotions : ce que la science valide aujourd’hui
1. La mémoire émotionnelle peut être réactivée volontairement
Le cerveau n’enregistre pas les souvenirs de façon neutre.Les émotions sont stockées dans des réseaux associant notamment l’amygdale, l’hippocampe et le cortex préfrontal.
Les travaux d’Antonio Damasio ont montré qu’évoquer un souvenir émotionnel — par la parole ou l’imagerie mentale — réactive les mêmes circuits neuronaux que lors de l’expérience initiale.Autrement dit : le cerveau ne fait pas toujours la différence entre « se souvenir » et « revivre ».
➡️ Intérêt clinique : c’est l’un des fondements de l’hypnose pour transformer une charge émotionnelle sans revivre la situation réelle.
Niveau de preuve : élevé
Le concept de marque somatique est largement validé et repris dans des milliers de publications.
2. L’imagerie mentale déclenche de vraies réponses émotionnelles
Visualiser une situation n’est pas une simple imagination abstraite.Les études en neurosciences montrent que le cerveau active les mêmes réseaux lors d’une visualisation que lors d’une expérience vécue.
Des travaux de Kosslyn et de Lang ont démontré que l’imagerie mentale modifie :
le rythme cardiaque
la tension musculaire
la transpiration
l’état émotionnel global
➡️ Implication directe : en hypnose, travailler avec des images mentales permet d’induire des états émotionnels réels, observables et mesurables.
Niveau de preuve : élevé
Résultats robustes, reproductibles, largement utilisés en recherche sur le stress et l’anxiété.
3. Les ancrages émotionnels existent… mais pas comme on le raconte parfois
Le concept d’ancrage émotionnel (gestes, mots, postures associés à une émotion) vient initialement de la PNL et a longtemps manqué de validation scientifique.
Des recherches plus récentes montrent toutefois que des rituels simples peuvent faciliter la réactivation d’un état émotionnel, à condition qu’ils soient cohérents, répétés et intégrés dans un contexte signifiant.
➡️ Ce n’est pas un « bouton magique », mais un facilitateur émotionnel.
Niveau de preuve : moyen à bon
Effets statistiquement significatifs, mais échantillons parfois limités.
4. L’auto-hypnose régule efficacement les émotions
Les études cliniques sur l’auto-hypnose montrent des effets clairs sur :
l’anxiété
la douleur chronique
la régulation émotionnelle
Les recherches menées notamment à Harvard indiquent une activation de zones cérébrales impliquées dans la modulation émotionnelle, comme le cortex cingulaire antérieur.
➡️ Point clé : l’auto-hypnose agit comme un entraînement du système nerveux, pas comme une intervention ponctuelle miraculeuse.
Niveau de preuve : élevé
Études randomisées, publiées dans des revues médicales reconnues.
Ce que la science confirme sur l’hypnose et les émotions
Méthode | Validation scientifique | Niveau de preuve |
Réactivation de souvenirs émotionnels | Oui | ⭐⭐⭐⭐☆ |
Imagerie mentale | Oui | ⭐⭐⭐⭐☆ |
Ancrages émotionnels | Partielle | ⭐⭐⭐☆ |
Auto-hypnose | Oui | ⭐⭐⭐⭐☆ |
Limites importantes à connaître
✔️ L’hypnose n’est pas un outil magique
✔️ Les effets sont progressifs et liés à la pratique
✔️ Les études parlent de réduction mesurable, pas de guérison instantanée
✔️ Certains résultats restent dépendants du contexte et de l’accompagnement
Mais malgré ces limites, une chose est claire : l’hypnose et les émotions sont aujourd’hui reliées par des mécanismes scientifiques observables, et non par de simples croyances.
Références scientifiques
Damasio, A. R. (1994) – Descartes’ Error
Jensen, M. P. et al. (2015) – Self-hypnosis and chronic pain
Kosslyn, S. M. et al. (2001) – Neural foundations of imagery
Lang, Bradley & Cuthbert (1998) – Emotion and psychophysiology
Boothby & Clark (2017) – Rituals and psychological states




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