Hypnose et les comportements
- Antoine Montel
- 18 août 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 6 janv.

Si comprendre suffisait, personne n’aurait de mauvais comportements
Arrêter de fumer.
Se remettre au sport.
Réduire les compulsions alimentaires.
Prendre la parole sans se crisper.
Ne plus répéter toujours les mêmes schémas.
Dans la grande majorité des cas, les personnes savent quoi faire.
Ce qui pose problème, ce n’est pas la compréhension. C’est l’exécution.
C’est précisément là que le sujet hypnose et les comportements devient intéressant. Non pas comme solution miracle, mais comme outil capable d’agir là où la volonté consciente atteint ses limites.
Les études scientifiques sont nombreuses sur ce sujet. Mais encore faut-il les lire correctement.
Hypnose et les comportements : agir sur les automatismes, pas sur la motivation
Un comportement problématique n’est pas un manque de volonté. C’est le plus souvent une réponse automatique déclenchée sans réflexion consciente.
Interrompre les schémas automatiques
🧠 Base théorique : une grande partie de nos comportements repose sur des processus rapides, inconscients (système 1). L’hypnose crée un état de flexibilité cognitive qui permet de court-circuiter temporairement ces automatismes.
🧪 Étude clé : Raz et al. (2005) ont montré qu’en état hypnotique, des sujets peuvent inhiber l’effet Stroop, un réflexe cognitif pourtant réputé difficile à contrôler.
🔍 Fiabilité : Très élevée. Étude publiée dans PNAS, résultats répliqués.
👉 Implication directe : l’hypnose peut modifier un comportement sans passer par le raisonnement conscient.
Changer une habitude ne consiste pas à la combattre
L’un des malentendus fréquents autour de l’hypnose et les comportements est de croire qu’elle « force » un changement.
En réalité, elle agit en modifiant la manière dont une habitude se déclenche.
🧪 Arrêt du tabac : Elkins et al. (2013) montrent des taux d’arrêt supérieurs à ceux des approches classiques de type conseil ou substitution, notamment à court et moyen terme.
🧪 Comportements alimentaires compulsifs : Barabasz et al. (2006) observent une diminution significative des compulsions dans les groupes accompagnés par hypnose.
🔍 Fiabilité : Bonne. Études randomisées, mais protocoles variables selon les praticiens.
👉 À retenir : l’hypnose est efficace quand elle cible le déclencheur du comportement, pas quand elle se contente de renforcer la motivation.
L’hypnose renforce l’adhésion à un comportement déjà souhaité
L’hypnose ne pousse pas à agir contre sa volonté. Elle renforce l’engagement dans une direction déjà choisie.
🧠 Base théorique : augmentation de la suggestibilité ciblée et réduction des conflits internes.
🧪 Étude : Kirsch et al. (1995) montrent que l’ajout de l’hypnose à une thérapie cognitivo-comportementale peut doubler l’efficacité dans les phobies et certaines addictions.
🧪 Étude complémentaire : Capafons et al. (2009) observent une amélioration significative de comportements évités (prise de parole, rendez-vous médicaux).
🔍 Fiabilité : Forte. Méta-analyses et essais cliniques convergents.
👉 Limite claire : sans intention de changement, l’hypnose n’agit pas.
Auto-hypnose et comportements : maintenir le changement dans le temps
Déclencher un changement est une chose. Le maintenir en est une autre.
C’est ici que l’auto-hypnose joue un rôle clé.
🧪 Revue clinique : Hammond (2007) montre que l’auto-hypnose augmente la persistance des changements, notamment lorsque la motivation est intrinsèque.
🧪 Recherche universitaire : Spiegel (2013, Stanford) observe une meilleure cohérence entre intention et action chez les sujets pratiquant régulièrement l’auto-hypnose.
🔍 Fiabilité : Bonne à très bonne, malgré une hétérogénéité des protocoles.
👉 Point clé : sans répétition, les anciens automatismes reviennent.
Ce que la science valide… et ce qu’elle ne promet pas
Effet observé | Validation scientifique | Niveau de preuve |
Interruption des automatismes | Oui | ⭐⭐⭐⭐☆ |
Modification des habitudes | Oui | ⭐⭐⭐⭐☆ |
Renforcement de l’engagement | Oui | ⭐⭐⭐⭐☆ |
Persistance via l’auto-hypnose | Oui | ⭐⭐⭐☆ |
Limites et précautions essentielles
❌ L’hypnose ne fait pas agir contre sa volonté
❌ Elle ne supprime pas un comportement sans comprendre son intention
❌ Les résultats dépendent du contexte, du praticien et de la répétition
👉 Hypnose et les comportements fonctionne lorsqu’elle est utilisée comme un outil d’ajustement des mécanismes internes, pas comme une technique de contrôle.
Conclusion : changer un comportement n’est pas une décision
Changer un comportement n’est pas un acte rationnel. C’est une réorganisation progressive de réponses automatiques.
L’hypnose n’est ni magique ni suffisante à elle seule. Mais utilisée correctement, elle permet d’agir là où les conseils, la motivation et la volonté montrent leurs limites.
La vraie question n’est donc pas « est-ce que l’hypnose fonctionne ? », mais :
agit-elle sur le bon niveau du problème ?
Références scientifiques
Raz, A., Fan, J., & Posner, M. I. (2005) – Hypnotic suggestion reduces conflict in the human brain. PNAS
Elkins, G. R., et al. (2013) – Hypnotherapy for smoking cessation. Nicotine & Tobacco Research
Barabasz, M., et al. (2006) – Hypnosis in the treatment of eating disorders. IJCEH
Kirsch, I., et al. (1995) – Hypnosis as an adjunct to CBT. JCCP
Capafons, A., et al. (2009) – Brief hypnosis interventions. Contemporary Hypnosis
Hammond, D. C. (2007) – Efficacy of clinical hypnosis. AJCH
Spiegel, D. (2013) – Mind matters. Stanford Medicine




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