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Les limites de l’hypnose...

Dernière mise à jour : 6 janv.

Les limites de l'hypnose

Si vous pensez que l’hypnose ne fonctionne pas sur vous… vous avez peut-être raison


Si vous pensez que l’hypnose fonctionne sur tout le monde, pour tout, tout le temps… vous avez presque certainement tort.


C’est précisément là que commence le vrai sujet : les limites de l’hypnose.

La recherche scientifique est claire : l’hypnose est un outil thérapeutique sérieux, documenté, utile. Mais elle n’est ni universelle, ni magique, ni automatique. Et c’est souvent parce que ces limites sont ignorées — ou volontairement floutées — que les déceptions apparaissent.

Comprendre les limites de l’hypnose n’est pas un frein au changement. C’est au contraire ce qui permet de savoir quand, comment et pour qui elle peut réellement fonctionner.


Les limites de l’hypnose ne sont pas un défaut… mais un filtre

On présente souvent les limites comme une faiblesse. En pratique, elles sont surtout un outil de sélection.

Un outil qui permet de distinguer :

  • ce qui relève de l’accompagnement thérapeutique,

  • de ce qui relève de la promesse commerciale.

Voici ce que disent réellement les études.


1. Les limites de l’hypnose face aux différences individuelles

Tout le monde n’est pas également réceptif

La capacité à entrer en état hypnotique varie fortement d’un individu à l’autre. Cette capacité porte un nom : la suggestibilité hypnotique. Elle est mesurable et relativement stable dans le temps.

Les travaux de Hilgard (1965) montrent que :

  • 10 à 15 % des adultes sont très réceptifs,

  • 60 à 80 % sont moyennement réceptifs,

  • environ 10 % le sont peu ou pas du tout.

Ces résultats ont été confirmés par de nombreuses études ultérieures (Green & Lynn, 2010).

Niveau de preuve : élevé ⭐⭐⭐⭐☆

👉 Conséquence concrète : l’hypnose ne peut pas être une réponse universelle. Prétendre l’inverse relève soit de l’ignorance, soit du marketing.


2. Hypnose et effet placebo : une frontière mal comprise

Certaines études ont montré que, dans des contextes précis (gestion de la douleur, motivation, attentes), les effets de l’hypnose peuvent être comparables à ceux d’un effet placebo (Kirsch et al., 1997).

Mais cette proximité est souvent mal interprétée.

Un effet placebo n’est ni imaginaire, ni inutile. C’est un effet psychologique mesurable, puissant, et documenté. L’hypnose, comme toute approche psychothérapeutique, mobilise ces mécanismes.

Niveau de preuve : moyen à bon ⭐⭐⭐☆

👉 La vraie limite ici n’est pas l’efficacité, mais la croyance qu’une technique fonctionnerait indépendamment du contexte, de la relation et des attentes.


3. L’efficacité dépend fortement du praticien

Contrairement à un médicament, l’hypnose n’est pas un protocole standardisé. C’est une approche relationnelle.

Lynn et Kirsch (2006) ont montré que deux praticiens utilisant un protocole similaire peuvent obtenir des résultats très différents.

Deux personnes, un même problème, deux résultats opposés

Même durée. Même objectif. Même cadre.

L’une avance rapidement. L’autre stagne.

Ce n’est pas un échec de l’hypnose. C’est son fonctionnement réel.

Niveau de preuve : élevé ⭐⭐⭐⭐☆

👉 Parler de l’hypnose sans parler du praticien n’a, scientifiquement, que peu de sens.


4. Des protocoles hétérogènes, difficiles à comparer

Il n’existe pas une hypnose, mais des pratiques d’hypnose :

  • hypnose ericksonienne,

  • hypnose directive,

  • auto-hypnose,

  • hypnose conversationnelle, etc.

Montgomery et al. (2010) soulignent que cette diversité complique les comparaisons scientifiques et les méta-analyses.

Niveau de preuve : élevé ⭐⭐⭐⭐☆

👉 Cette limite méthodologique n’indique pas une inefficacité, mais impose une évaluation au cas par cas.


5. Des applications sans preuves solides

Certaines promesses associées à l’hypnose reposent sur des bases scientifiques très fragiles.

Exemples de domaines où les preuves sont insuffisantes ou faibles :

  • repousse des cheveux (Sandler et al., 2008),

  • troubles de la personnalité,

  • amélioration des performances sportives de haut niveau.

Niveau de preuve : faible ⭐⭐☆☆

👉 L’absence de preuve n’est pas une preuve d’inefficacité. Mais elle interdit toute promesse sérieuse.


Ce que je refuse de faire en tant que praticien

Comprendre les limites de l’hypnose implique aussi de poser un cadre clair.

Je ne vous proposerai jamais :

  • un résultat garanti,

  • une séance valable pour tout le monde,

  • une hypnose utilisée comme raccourci magique.

Ces promesses ne respectent ni la science, ni les personnes.


En résumé : ce que la science valide… et ce qu’elle interdit de promettre

Limite identifiée

Validation scientifique

Niveau de preuve

Variabilité interindividuelle

Oui

⭐⭐⭐⭐☆

Proximité avec l’effet placebo

Oui

⭐⭐⭐☆

Dépendance au praticien

Oui

⭐⭐⭐⭐☆

Hétérogénéité des protocoles

Oui

⭐⭐⭐⭐☆

Indications marginales non prouvées

Oui

⭐⭐☆☆

Conclusion : la vraie question n’est pas « est-ce que l’hypnose fonctionne ? »

La vraie question est plus inconfortable :

Êtes-vous dans les conditions où elle peut fonctionner ?

L’hypnose n’est pas une baguette magique. C’est un outil puissant, mais exigeant. Lorsqu’on respecte ses limites, elle peut produire des changements profonds — notamment là où la volonté seule ne suffit plus.


Références scientifiques

Hilgard, E. R. (1965) – Hypnotic SusceptibilityGreen,

J. P., & Lynn, S. J. (2010) – Hypnotic responsiveness

Kirsch, I., et al. (1997) – Hypnosis as an altered state of expectancy

Lynn, S. J., & Kirsch, I. (2006) – Essentials of Clinical Hypnosis

Montgomery, G. H., et al. (2010) – Meta-analysis of hypnosis interventions

Sandler, A. D., et al. (2008) – Lack of evidence for hypnosis in alopecia areata

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